‹ Contes fantastiques Tome VIChapitre 63 sur 159 · Berganza

Berganza

Aurais-je donc pu, moi, si loyal, si porté au bien, si ami de la vérité, et plein d’un mépris si profond pour ces caractères faux et dégénérés dont font parade les hommes d’aujourd’hui, devenus pour la plupart insensibles à tout ce qui est grand et saint, comment, dis-je, aurais-je pu recueillir tant d’observations précieuses, dont l’ensemble forme ce trésor qu’on appelle la philosophie de l’expérience, s’il avait fallu me produire partout sous l’aspect d’une créature humaine ? – Merci, Satan ! qui as laissé l’huile des sorcières me griller le dos en pure perte ! Je puis du moins, en ma qualité de chien, me coucher auprès du poêle sans qu’on y prenne garde, et tous les secrets de votre naturel perverti que vous mettez à nu devant moi sans défiance, viennent fournir amplement matière à l’ironie et à la pitié que provoque la ridicule et nauséabonde fatuité qui vous distingue.