‹ Contes fantastiques Tome VIChapitre 71 sur 159 · Berganza

Berganza

Pourtant il le faisait. – Il n’y a là ni fausseté ni lâche et basse flatterie : non, c’est l’action d’un esprit bienveillant souffrant le mal patiemment, ou plutôt une complaisante résignation à prêter l’oreille à des sons confus qui aspirent en vain à passer pour de la musique ; et cette bienveillance, cette résignation, ne proviennent que d’un certain sentiment de bien-être intérieur, qui lui-même est le résultat immanquable des copieuses libations d’un vin généreux pendant et après un succulent dîner. – J’avoue que tout cela me prévient en faveur des musiciens, dont le royaume du reste n’est pas de ce monde, de sorte qu’ils font l’effet d’étrangers venus d’une contrée inconnue et lointaine, étonnant par la singularité de leur extérieur, de leurs façons d’agir, et je dirai même se rendant ridicules, car il suffit que Pierre tienne sa fourchette de la main gauche, pour que Jean, qui a tenu toute sa vie la sienne de la main droite, se moque de lui.