‹ Contes fantastiques Tome VIChapitre 74 sur 159 · Berganza

Berganza

C’est un homme que je ne saurais désigner autrement, car je n’ai jamais pu savoir réellement quel était le fond de sa pensée. Mais en songeant à ces trois personnages, je ne puis m’empêcher de te faire part d’une conversation que je surpris un jour entre eux. Le musicien ne voyait que son art dans le monde entier. Du reste, il pouvait passer pour un esprit assez borné, car il prenait pour argent comptant les suffrages les plus futiles et les moins consciencieux, et croyait naïvement que l’art et les artistes jouissaient partout d’une haute considération. Le philosophe, sur la figure jésuitique et satirique duquel se reflétait une profonde ironie pour toutes les vulgarités de la vie, n’avait foi en personne au contraire, et il regardait la sottise et le défaut de goût comme un second péché originel. Un soir, il se trouvait à la fenêtre avec le caractère indécis, lorsque le musicien, toujours en extase dans les régions idéales, s’approcha d’eux, en s’écriant : « Ha !… » Mais laisse-moi, pour éviter la répétition fastidieuse des dit-il, répondit-il, te répéter tout simplement leurs discours alternatifs. Seulement, si tu fais imprimer notre conversation actuelle, il faudra que ce nouveau dialogue soit habilement distingué du nôtre.