‹ Contes fantastiques Tome VIChapitre 83 sur 159 · Berganza

Berganza

Cet abus prétendu pourrait bien trouver son remède dans son application même. Mon avis est que cette rigoureuse observation de la métrique, tellement en crédit aujourd’hui, est la conséquence des tendances plus sérieuses, plus profondes, qui distinguent dans toutes les branches de l’art et de la littérature notre époque critique et rénovatrice. Naguère, en effet, lorsque chaque poète ou soi-disant tel, se créait lui-même, pour chacune de ses chansonnettes, un mètre boiteux, baroque, lorsqu’il parodiait et défigurait à plaisir vos doux huitains, rime ottave, la seule forme méridionale qui semble avoir été connue à cette époque, alors les peintres aussi dédaignaient d’apprendre à dessiner, et les compositeurs auraient rougi d’étudier le contrepoint. Bref, il s’était introduit dans l’art un mépris pour toute école, pour toute convention qui devait amener naturellement les plus monstrueux avortements. Même chez les poètes médiocres, l’étude des divers modes réguliers les habitue à une certaine harmonie toujours préférable aux misérables divagations d’un cerveau vide. Aussi, je le répète encore, c’est un travail méritoire et avantageux que de s’appliquer religieusement à la forme, au mètre poétique.