29.6 L’empois
Joë Folcu fait ici un long réquisitoire sur les vêtements et une longue plaidoirie. Au retour d’une randonnée, les chaussettes (bas courts) engraissées par un usage fréquent doivent être enlevées dès le retour à la maison. C’est alors qu’elles conserveront leur flexibilité. Si le pied se refroidit, la chaussette se raidit d’autant jusqu’à se tenir debout au pied d’un lit. Dès que le pied est encore tiède, s.v.p., ne jamais lancer la chaussette contre la muraille. Elle risque d’y adhérer… de s’y maintenir… Au chapitre de la toilette intime, Joë Folcu insiste sur les gosiers du matin, ceux qui se doivent gargariser. « Si les voix, dit-il, sont trop grasses, ou riches, le matin, écrémez-vous de préférence à l’écart. Écrémez de même vos vêtements à l’écart ou au grand air. »
†
Au conseil municipal, Joë Folcu termina son exposé en soumettant respectueusement, que l’on promît une récompense au plus réformé des villageois en matière de nettoyage. À celui qui embellirait sa maison, qu’il ait utilisé l’eau, la peinture ou l’intervention des vignes sur ses laideurs avouées, il indiqua comme prix municipal le don d’un baril de semence, des graines, dit-il, de concombres grimpants, que le gagnant pourrait mettre plus tard en terre autour de ses dépendances, la laiterie, ou les « lieux » ancestraux.
La Semaine sanitaire obligatoire ne saurait se terminer sans que le Conseil n’appréciât de même le cas des personnes qui s’approcheront le plus souvent des « grandes baignades ». Il fut décidé que l’on offrirait à celles-ci l’installation de l’eau courante à la maison avec une baignoire complémentaire.
Une discussion allait s’élever au Conseil sur les moyens à prendre afin de pouvoir déterminer lequel ou laquelle serait le plus digne du prix de propreté intime. Pouvait-on dévêtir les concurrents, le lendemain de la Semaine sanitaire obligatoire ? ou les inviter, sur la grève, à se présenter en maillot de bain ?
Puisqu’il s’agissait d’offrir une caisse de savon, en liquide et en pains, au gagnant du concours de propreté obligatoire, Joë Folcu, marchand de tabac en feuilles, est intervenu dans la bagarre. Plutôt que de soumettre les concurrents à un examen « inacceptable », il avait prévu tous les inconvénients par la mise au point d’un appareil dit d’enregistrement des parfums et qu’il surnomma l’« odoromètre ».
†
La semaine sanitaire obligatoire n’eut pas lieu en raison d’une pluie de huit jours. De plus, Joë Folcu avait refusé qu’on le soumît à son propre « odoromètre », comme essai.
Lorsqu’il fut question de prendre le vote au Conseil sur le projet d’une reprise de la Semaine sanitaire obligatoire, Joë Folcu suggéra un « next meeting », car il venait d’apprendre qu’une société des dames de la paroisse se proposait d’exiger la fermeture de son magasin de tabac en feuilles.
Son tabac « faisait cracher », que l’on changeât ou non de pipe, et le trottoir de bois, devant sa boutique, où ses histoires groupaient les fumeurs, invitait ces dames à chausser des claques de caoutchouc. La surface en était trop « glissante » par beau temps.
Joë Folcu allait-il prendre la responsabilité qu’on ruinât son commerce par la suspension obligatoire d’une chaudière d’érable au menton de chacun de ses clients ?
q