Chapitre 5
Un mois après, on célébrait, à Saint-Pierre de Chaillot, le mariage de Mlle Irma de Rungsberg avec M. Armand de Gavinard. Ce fut un événement parisien du plus haut chic. Les gazettes vantèrent, sur le mode pindarique, la richesse de la mariée, l’élégance entraînante du marié, l’extraordinaire probité, l’inépuisable bienfaisance et les goûts artistiques d’Alexandre de Gavinard. À cette occasion, l’hôtel du grand banquier fut passé en revue de la cave au grenier, et pas un bibelot ne fut omis. On n’oublia, en cette nomenclature, ni un cheval, ni un tableau, ni un domestique.
Le lendemain de la cérémonie, qui avait attiré à l’église tous les divers mondes de Paris, Alexandre de Gavinard se présentait chez son fils.
— Voyons, monsieur, lui dit-il, tout espoir n’est pas encore complètement perdu, et si vous voulez m’aider, je puis éviter la faillite et relever mon affaire…
— Vous plaisantez, monsieur, je pense, répondit froidement Armand en humant une cigarette. Comment ! en vous ruinant, vous me frustrez d’une grosse fortune qui m’appartenait, qui devait m’appartenir un jour ou l’autre, et vous venez me prier de vous prêter de l’argent, par surcroît ? Il fallait ne pas vous ruiner, la chose était simple.
Il se leva et dit en prenant congé :
— Mille pardons, monsieur, mais on m’attend.
Gavinard était devenu tout pâle ; pour la première fois de sa vie, une émotion le serrait à la gorge. Il s’écria, tendant les bras, suppliait :
— Armand ! Voyons, Armand ! Mon fils !
Armand ne put réprimer un sourire de pitié.
— Votre fils ! dit-il, en exécutant une pirouette définitive et gracieuse. En vérité ! Hé, monsieur, sais-je seulement si vous êtes mon père ?…
q