‹ Contes Tome IIChapitre 7 sur 60 · Chapitre 1

Chapitre 1

Alexandre de Gavinard, le grand financier que tout Paris a connu, travaillait, en son cabinet. D’une plume sereine et sans remords, il rédigeait, en face de son portrait peint par Carolus-Duran 1, le septième rapport qu’il devait présenter, le jour même, à la septième société de crédit dont il était l’inévitable président. Il s’agissait, comme bien vous pensez, de mettre dedans une quantité, incalculable d’actionnaires, et Alexandre de Gavinard – Gavinard, comme on l’appelait – se trouvait très en verve. À plusieurs reprises, il s’était frotté joyeusement les mains, ce qui, chez lui, ne pouvait passer pour une satisfaction banale.

Joseph, le valet de chambre, entra, présenta à son maître un plateau de vieux laque japonais, au centre duquel une carte de visite se pavanait.

— Armand de Gavinard ! dit le grand financier, après avoir tourné et retourné la carte. Armand de Gavinard ! Tiens, tiens ! c’est assez curieux. Connais pas de Gavinard… Et qui est-ce, ce Gavinard ? Comment est-il, ce Gavinard ?

— Un chasseur d’Afrique, répondit très correctement le valet de chambre.

— Un chasseur d’Afrique ! Gavinard ! Ah ! par exemple, c’est trop fort ! Est-ce que j’aurais de la famille, maintenant !… Voilà une chose qui serait bien parisienne… Faites entrer.

Et Alexandre de Gavinard, sans le moindre trouble, se mit à terminer la phrase que l’entrée du valet de chambre avait malencontreusement interrompue. Quelques instants après, la porte s’ouvrait. Joseph annonça :

— M. Armand de Gavinard !

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