‹ Contes vraisChapitre 14 sur 30 · 13.2 2

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Misaël Longneau, du Cap-Santé, et Catherine Miquelon, de chez nous, allaient contracter mariage. Le troisième ban venait d’être publié. La connaissance des contractants s’était faite l’hiver précédent, à l’époque du carnaval. Les Miquelon étaient allés voir un de leurs parents, au Cap-Santé, et les jeunes gens s’étaient rencontrés là, en soirée. Ils avaient dansé ensemble, ensemble ils s’étaient assis à la table pour le réveillon.

Catherine avait croqué de ses belles dents blanches la croûte dorée d’un pâté ; Misaël avait rempli son verre plus d’une fois, le gaillard, car il était noceur en diable.

Quand le père Miquelon attela pour s’en revenir, le lundi gras dans la relevée, Misaël, qui était fier de montrer son jeune cheval, son harnais blanc et sa « carriole » vernie de frais, proposa à Catherine de la reconduire chez elle. La jeune fille n’eut garde de refuser. Le « pont » était pris. Une glace vive et miroitante couvrait toute la largeur du fleuve, depuis la rivière Portneuf jusqu’à la Ferme.

Il fallait entendre le trot rapide des chevaux, et le chant des « lisses » d’acier sur la route sonore. Les « balises » de sapin fuyaient, deux par deux, comme si elles eussent été emportées par un torrent. Mais les jeunes gens ne regardaient guère la plaine nouvelle, et n’écoutaient guère la sonnerie des grelots de cuivre. Ils se regardaient à travers le frimas léger qu’une buée froide attachait à leurs cils ; ils écoutaient la voix suave qui montait du fond de leurs cœurs.

Ils arrivent au terme du voyage  qui ne leur parut pas long. Ils avaient perdu l’idée de la distance et du temps. Ainsi font les heureux. Ceux qui souffrent éprouvent le contraire : le temps leur dure et le chemin n’a plus de bout.

Misaël « enterra » le mardi gras auprès de sa jeune amie. Un enterrement joyeux, celui-là. Pas de tombe noire ni de cierges mélancoliques ; pas de psaumes lugubres ni de fosse béante où s’entassent, avec un bruit sinistre, les pelletées de terre bénite ; mais une table chargée de mets appétissants, des bougies pétillantes, des refrains égrillards, des verres profonds où tombaient avec un gai murmure, les gouttes d’or de la vieille « jamaïque ». Les dépouilles mortelles, c’étaient toutes les aimables folies auxquelles on disait adieu.

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