‹ Contribution à l’étude de la concurrence vitale chez les micro-organismes : antagonisme entre les moisissures et les microbesChapitre 5 sur 9 · CHAPITRE III ANTAGONISME BIOLOGIQUE ENTRE LES MOISISSURES ET LES MICROBES ACTION DÉFAVORABLE DES MICROBES SUR LE DÉVELOPPEMENT DES MOISISSURES

CHAPITRE III ANTAGONISME BIOLOGIQUE ENTRE LES MOISISSURES ET LES MICROBES ACTION DÉFAVORABLE DES MICROBES SUR LE DÉVELOPPEMENT DES MOISISSURES

En interprétant les résultats des expériences 7, 8 et 9, nous avons fait remarquer que dans l’un des cristallisoirs où les moisissures se trouvaient ensemencées dans de l’eau stérilisée, le nombre de ces moisissures diminuait beaucoup plus lentement que dans un autre cristallisoir où nous avions employé de l’eau ordinaire (eau du robinet de la Compagnie) ; dans ce dernier, au contraire, les moisissures avaient très rapidement disparu.

Nous nous sommes proposé les recherches suivantes : 1 confirmer ces dernières expériences par de nouvelles faites avec de l’eau plus ou moins souillée de microbes ; 2 voir s’il ne fallait pas prendre en considération que les moisissures, si elles sont mieux adaptées au milieu par une culture préalable, peuvent résister à l’action des microbes. Pour cela, nous avons commencé par cultiver des moisissures dans l’eau, et une fois qu’elles nous ont paru assez vigoureuses, nous les avons mis en présence de bactéries ; 3 utiliser pour ces recherches différents milieux : l’un, très favorable au développement des deux espèces : le bouillon ; le second, de l’eau stérilisée ; le troisième, enfin, de l’eau distillée et stérilisée, c’est-à-dire de l’eau privée de la majeure partie de ses sels ; 4 recherches dans la nature des faits qui auraient pu faire prévoir une pareille concurrence et les vérifier si possible par quelques expériences.

L’eau stérilisée ensemencée avec des moisissures est pour ces dernières un milieu de culture suffisant, ainsi que le prouvent les expériences 1, 2 et 3.

Nous avons fait les mêmes recherches pour l’eau ordinaire telle qu’on la trouve dans la nature.

Expérience 13.

Eau du robinet de la Compagnie ensemencée le 29 avril 1896, avec une culture de Penicillum glaucum : une numération faite le jour même de l’ensemencement donnait 4 microbes et 53 moisissures.

30 avril. — 15 microbes et 50 moisissures.

2 mai. — 60 microbes et 17 moisissures.

5 mai. — Nous sommes obligé de faire deux dilutions : l’une au dixième où nous ne trouvons que des microbes ; l’autre au centième où nous trouvons des microbes et une moisissure.

Très rapidement le nombre des moisissures a diminué pour disparaître à mesure que celui des microbes augmentait considérablement.

Expérience 14.

Eau d’une fontaine publique ensemencée le 12 mai avec la même culture de Penicillum glaucum :

Dans cette expérience l’eau se trouvait naturellement plus riche en bactéries et les moisissures ont disparu complètement dès le cinquième jour.

Il est permis de se demander si la cause de la disparition des moisissures n’est pas due à ce fait, qu’elles se trouvent placées tout d’abord dans un milieu très défavorable : de l’eau microbienne. Peut-être que, si les moisissures étaient accoutumées au milieu avant d’être mises en présence des microbes, elles résisteraient davantage.

Expérience 15.

Nous avons ensemencé dans un ballon contenant 50 centimètres cubes de bouillon des spores de Penicillum glaucum ; le 17 novembre, deux jours après l’ensemencement, à la surface du bouillon se développèrent des colonies de Penicillum glaucum qui arrivèrent très rapidement à leur pleine maturité. Après huit jours de culture dans le bouillon, nous avons ensemencé 1 centimètre cube d’une culture très virulente du bacille d’Eberth. Un centimètre cube du mélange prélevé chaque jour et dilué au centième nous a donné les résultats suivants :

Dans l’expérience précédente, nous avions affaire à un milieu de culture très favorable aux moisissures. Voyons si les résultats seront les mêmes en employant des milieux moins riches en substances nutritives.

Expériences 16, 17 et 18.

(Essai avec de l’eau stérilisée)

29 avril 1896. — Nous ensemençons dans trois tubes A, B, C, contenant de l’eau stérilisée, des spores de Penicillum glaucum. Un demi-centimètre cube fut prélevé chaque jour dans ces tubes, ce qui nous donna les résultats suivants :

6 mai. — Nous ajoutons aux tubes A et B 1 centimètre cube de culture de bacille d’Eberth et au tube C 1 centimètre cube de Bacterium coli communis et nous continuons à prélever chaque jour un demi-centimètre cube.

Àpartir du 8 mai, dans les tubes A et C, il n’y a plus de moisissures ; par contre, le nombre des microbes est tel qu’il nous a été impossible de les compter.

D’après ces expériences, on voit que la lutte n’a pas été longue et que très rapidement les moisissures ont été détruites. Il en a été de même dans l’expérience suivante qui a été faite avec de l’eau distillée stérilisée.

Expérience 19.

Trois tubes d’eau distillée et stérilisée ont été ensemencés avec une culture de Penicillum glaucum. Seulement, une faute dans le manuel opératoire nous a donné un tube (tube A) souillé de microbes, aussi dès la première analyse quantitative, nous n’avons plus trouvé de moisissures.

Pour les deux autres tubes B et C, nous avons noté les résultats suivants :

Il suffit d’ajouter à chaque tube 1 centimètre cube de culture bactérienne, bacille d’Eberth pour le tube B et Bacterium coli communis pour le tube C, pour que les moisissures disparaissent complètement.

Toutes ces expériences aboutissent aux mêmes résultats : la présence de bactéries dans un milieu où l’on cultive des moisissures est pour ces dernières une cause de destruction rapide, quand bien même ces moisissures auraient eu le temps de s’accoutumer au milieu nutritif avant l’apport de microbes.

Ces résultats étaient faciles à prévoir en réfléchissant que l’on trouve généralement les moisissures sur des milieux où les microbes ne se développent pas normalement.

C’est ainsi, par exemple, que le vin et les bouchons de bouteilles contenant du vin sont recouverts de moisissures, tandis que les microbes ne trouvent pas là un milieu favorable pour leur nutrition.

Au cours d’expériences tendant à rechercher la persistance des germes pathogènes sur les bouchons, nous avons eu l’occasion d’observer quelques faits qui apportent une preuve de plus à l’appui de notre thèse.

Expérience 20.

Un centimètre cube de vin récemment mis en bouteille, fut ensemencé dans un tube de gélatine, et ne donna naissance à aucune colonie tant moisissure que microbe. Après quelques jours une mince pellicule de moisissure se développe à la surface du liquide ; nous ajoutons quelques centimètres cubes de culture de bacille fluorescent ; très rapidement les moisissures disparaissent et un essai quantitatif fait deux mois après indique l’absence complète de moisissure ; nous ne retrouvons que quelques microbes.

Si des expériences étaient pratiquées dans ce sens, peut être pourrait-on mettre certaines substances alimentaires à l’abri des atteintes des moisissures par l’injection de cultures microbiennes inoffensives.

En résumé, la lutte pour la vie entre les moisissures et les bactéries semble tourner au profit de ces dernières. N’y a-t-il pas des cas où les moisissures peuvent triompher et, sinon tuer les bactéries, du moins paralyser certains de leurs effets nocifs ?

Dans toutes les expériences qui précèdent, ce que nous constatons, c’est le résultat brutal de la lutte ; les moisissures disparaissent ; mais rien ne dit qu’avant de périr elles n’aient pas porté une atteinte quelconque à la virulence des microbes et peut-être à leurs propriétés pathogènes.

Dans le but de voir si en effet il en résultait une diminution dans la virulence des microbes, nous avons inoculé à des cobayes, des cultures de microbes pathogènes, simultanément avec des cultures de moisissures.

L’essai de la culture a été fait sur deux cobayes témoins.

25 novembre au soir, un cobaye pesant 480 grammes est inoculé avec deux centimètres cubes d’une culture de Bacterium coli devenue très virulente ; il est mort dans la nuit.

Le même jour un autre cobaye inoculé avec de l’Eberth meurt également en vingt-quatre heures.

Expérience 21.

1 décembre, nous inoculons un cobaye de 800 grammes qui reçoit dans le péritoine deux centimètres cubes d’un mélange de la même culture de coli et de culture de moisissure (Penicillum glaucum) dans du bouillon stérilisé. On prend régulièrement matin et soir sa température.

Comme on le voit, le soir de l’inoculation il y a une réaction hypothermique, l’animal n’a pas mangé et a paru sérieusement atteint, puis il a repris très rapidement sa vie habituelle ne paraissant pas se ressentir davantage de son inoculation.

Le 4 décembre, au matin, nous lui avons injecté quatre centimètres cubes de mélange.

La température suit la courbe suivante :

Il ne paraît aucunement influencé par cette seconde piqûre.

Expérience 22.

Nous avons répété la même expérience avec du bacille d’Eberth, la culture avait été démontrée virulente par un essai antérieur.

2 décembre, un cobaye de 790 grammes reçoit dans le péritoine deux centimètres cubes d’un mélange d’une culture de bacille d’Eberth et d’une culture de Penicillum glaucum.

Sa température nous donne les chiffres suivants :

Le 4 décembre, nous lui faisons une seconde piqûre de 4 centimètres cubes.

Son état général est excellent.

Il nous a été malheureusement impossible de poursuivre plus loin ces expériences. Les cultures avaient été mélangées au moment même de l’injection. Il faudrait faire des injections avec un mélange de culture fait depuis quelques jours. Et il faudrait ensuite voir si l’animal est immunisé en lui injectant des cultures microbiennes pures.

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