‹ Cours familier de Littérature - Volume 01Chapitre 136 sur 216 · XIII.

XIII.

Nous concevons le _vers_, à l'origine des littératures, quand l'intelligence pure était moins dégagée des sens.

L'homme est composé de sens et d'esprit. La sensualité et l'intellectualité de son être devaient s'associer à un certain degré dans son langage poétique. La partie sensuelle ou musicale de ce langage poétique devait peut-être prédominer alors sur la partie intellectuelle et immatérielle de la pensée. Le son pouvait prévaloir sur le sens.

Ce fut l'époque où la sensualité populaire inventa les rhythmes, les cadences, les intercadences, les césures, les nombres, les hémistiches, les strophes, les rimes. L'habitude de n'entendre ou de ne lire jamais la poésie que dans ces formes sonores et symétriques fit confondre la poésie avec le vers, la liqueur avec le vase, la matière avec le moule. De là ce préjugé qui nous domine encore; mais il est à demi vaincu. La poésie arrivée à son âge viril dépouille ces langes de sa puérilité.