‹ Cours familier de Littérature - Volume 01Chapitre 147 sur 216 · XXIV.

XXIV.

Le sujet de la grande épopée indienne du MAHABARATA est la guerre de deux grandes races et de deux dynasties qui se disputèrent, dans les temps immémoriaux, la possession des plaines de l'Inde. Il n'existe en aucune langue un tableau plus grandiose que celui de la ruine du parti vaincu et du massacre de la famille royale. Priam, Hector, Hécube, l'écroulement de Troie, dans Homère, n'ont pas cette répercussion des chutes d'empires dans le coeur de l'homme. La scène des lamentations des femmes et des vieillards sur les cadavres de leurs époux et de leurs fils, semble être écrite par un ancêtre gigantesque d'Eschyle. C'est à la fin de ce poëme que le dernier des héros vaincus s'élève de cime en cime, pour fuir la mort, sur les hauteurs de l'Himalaya, ces Alpes de l'Inde, et que les dieux l'y reçoivent sur un char aérien pour lui donner asile dans le ciel. Mais au moment d'y entrer on lui défend d'y pénétrer avec son chien, qui l'a suivi seul jusqu'à ces limites du monde. Le héros refuse le ciel même, s'il lui est interdit d'y introduire avec lui son fidèle compagnon, et les parents et les amis qu'il a laissés dans les angoisses de la vie terrestre. Les dieux, touchés de ce dévouement, se laissent fléchir; ils l'admettent avec ses proches et avec le fidèle animal dans les demeures célestes. Symbole du sacrifice de soi-même à l'amour des hommes, exemple de cette charité qui plaît aux dieux, et qui s'étend au delà des hommes à toute la création animée ou inanimée. Un savant traducteur français, M. Édouard Foucaux, de la Société asiatique de Paris, publie ce fragment traduit au moment où nous publions ces lignes. Nous le reproduirons à son vrai jour.