‹ Cours familier de Littérature - Volume 01Chapitre 146 sur 216 · XXIII.

XXIII.

Le RAMAYANA est surtout un poëme symbolique. On y reconnaît la source où la mythologie grecque puisa, en l'altérant, la fable de Proserpine. Vous allez en juger.

_Kora_, jeune et pure vierge, fille de Damata, est ravie à sa mère à la fleur de ses jours par le dieu de l'abîme ou de l'enfer. Ce dieu l'épouse, et l'entraîne dans un monde inférieur et souterrain. Elle devient la reine des morts. Mais le dieu de l'abîme, son époux, la rend chaque année pour un temps aux lamentations de sa mère; elle y reparaît en été au temps des moissons, saison où les âmes des morts s'occupent particulièrement des vivants, en leur assurant le blé ou le riz, leur nourriture sur la terre.

_Sita_, l'héroïne de l'épopée indienne, est _la fille du sillon_; au lieu de naître de la mer comme la _Vénus_ grecque, elle naît du sillon sous le soc de la charrue du roi laboureur son père.

On reconnaît à ces fables le génie divers des philosophes ou des poëtes qui les inventèrent et les firent accepter aux peuples: les Grecs, peuplades insulaires ou maritimes, faisant naître la déesse de la vie du sein des flots, les Indiens, peuples agricoles, la faisant naître du champ labouré.

C'est autour de cette fable symbolique que se groupent et se succèdent les récits épiques de la conquête de l'Inde méridionale et de l'île de _Ceylan_, par les héros de l'Inde montagneuse. Nous citerons de ces poëmes des fragments traduits par les savants interprètes de la langue sanscrite, dans laquelle ces poèmes sont écrits. Le génie héroïque et le génie sacerdotal s'y confondent tantôt dans des récits de batailles, tantôt dans des raffinements spiritualistes de la morale et de la théologie. On sent que ce sont des traditions guerrières, conservées et transfigurées par des prêtres.