‹ Cours familier de Littérature - Volume 01Chapitre 155 sur 216 · XXXII.

XXXII.

Damayanti se réveille. Elle se voit seule sous la moitié coupée du manteau, comme symbole de la séparation définitive entre les deux corps et les deux âmes. Ses lamentations remplissent la forêt, le délire s'empare de ses sens; elle appelle Nala et le redemande aux arbres et aux montagnes, avec un accent qui attendrirait, en effet, les arbres et les rochers. Un serpent l'enlace comme le Laocoon; serrée dans les replis du monstre, elle s'oublie encore elle-même pour ne songer qu'à son époux. «Ô mon époux!» s'écrie-t-elle, «quand un jour tu penseras à ma destinée, quels seront tes remords? Tu te diras: «Ai-je bien pu la fuir et la délaisser dans la solitude?» Toi, le lion des hommes, qui chassera de toi les noirs soucis, quand la fatigue, la faim, la douleur vont t'assaillir?»

Un chasseur, qui parcourait la forêt, entend des cris, accourt, perce le serpent d'une flèche. Fasciné d'admiration devant les charmes de la beauté qu'il vient de délivrer, il ose lever les yeux sur elle et lui parler de son amour. La chaste indignation de l'épouse fidèle est si foudroyante, que, d'un seul regard, elle fait tomber le chasseur mort à ses pieds. Sa beauté est relevée par sa vertu.

«Son corps était droit et ferme,» dit ici le poëte, «son sein de marbre, son visage plus resplendissant, d'une lueur plus douce que la lune; ses sourcils formaient un arc majestueux au-dessus des yeux, ses paroles résonnaient comme une musique enivrante. Au nom du grand Nala mon époux, que je porte gravé dans mon coeur, ainsi périront,» dit-elle, «tous ceux qui profaneront d'un désir l'épouse qui lui appartient jusqu'au tombeau!»