‹ Cours familier de Littérature - Volume 01Chapitre 156 sur 216 · XXXIII.

XXXIII.

Damayanti, restée seule, s'égara en remplissant la solitude de roucoulements semblables à ceux de la colombe.

Ici le poëte devient le plus sublime des peintres; la palette humaine n'a en Europe ni dessins ni couleurs comparables à la description du monde végétal au milieu duquel erre Damayanti sur les pentes de l'Himalaya, au milieu des glaciers, des torrents, des volcans, des rochers, des arbres d'une nature vierge et primitive. C'est la jeunesse de la création, coulant avec une sève de vie qu'on voit et qu'on entend sourdre aux rayons des premiers soleils. La beauté pudique de l'amante abandonnée resplendit dans ce tableau au-dessus du soleil lui-même; c'est l'Ève d'un autre jardin. Un tigre féroce s'approche pour la dévorer; vaincu par sa beauté et la sainteté de l'épouse, il se couche à ses pieds et il l'adore.