‹ Cours familier de Littérature - Volume 01Chapitre 169 sur 216 · VIII.

VIII.

Cependant les chasseurs, aiguillonnés par le pressant besoin de la faim, dépècent un certain nombre de cerfs et autres bêtes fauves qui, échappés à la dent meurtrière des animaux féroces, étaient aussi tombés sous leurs coups. Ils font rôtir les chairs amincies sur un brasier ardent, s'en repaissent, et goûtent quelques heures de repos.

Mais bientôt Douchmanta donne les ordres du départ, poursuit sa marche, et, après avoir traversé une plaine stérile, il entre avec son cortége dans une seconde forêt d'un aspect bien différent de la première. Ce n'est plus cette sauvage horreur que la nature, abandonnée à elle-même, imprime aux vastes solitudes; ici tout se ressent de la présence et des travaux de l'homme. Ce ne sont plus les rugissements du lion, les cris du tigre qui viennent effrayer les voyageurs; mais le bramement lointain du cerf, le chant des oiseaux, le bourdonnement de l'abeille, retentissant doucement à son oreille, portent dans les esprits un sentiment inexprimable de calme et de bonheur. Les arbres les plus élégants, mariant avec grâce leurs flexibles rameaux courbés sous le poids des fruits et des fleurs, se balancent au souffle du zéphyr qui leur dérobe en passant les plus suaves odeurs, et les répand au loin dans les airs; sur la pelouse émaillée, des troupes de _Gandharvas_ et d'_Apsaras_ (sorte de nymphes dans la mythologie indienne), brillantes de jeunesse, se poursuivent dans leurs jeux folâtres, et glissent d'un lieu à l'autre comme des ombres légères.