XVII.
Ce troisième visiteur était l'abbé Dumont, neveu du vieux curé du village de Bussières, hameau que nous voyions blanchir au pied de la montagne, parmi les vignes et les chenevières.
Ce jeune homme, né pour une autre profession, avait été dans son adolescence secrétaire de l'évêque de Mâcon, homme d'exquise littérature; l'abbé Dumont avait été relégué par la Révolution dans le pauvre presbytère de son oncle; il devait lui succéder. Il se consolait par la chasse, par la lecture et par la société de M. de Vaudran et de mon père, ses voisins, de la destinée contraire qui lui avait fermé le palais épiscopal et qui le condamnait à la vie obscure d'un vicaire de campagne. Il avait les goûts élégants et nobles dans une misérable fortune; il adorait mon père comme un modèle du gentilhomme loyal et cultivé, qui l'entretenait de cour, de guerre et de chasse; il aimait M. de Vaudran, qui lui avait ouvert sa bibliothèque; il commençait à m'aimer, tout enfant que j'étais moi-même, de cette amitié qui devint mutuelle quand les années finirent par niveler les âges alors si divers; amitié restée après sa perte au fond de mon coeur comme une lie de regrets qu'on ne remue jamais en vain.