‹ Cours familier de Littérature - Volume 01Chapitre 174 sur 216 · XIII.

XIII.

Après cette première partie le poëme se presse vers l'infortune et vers le dénoûment. Le fils né de Sacountala croît dans l'ermitage avec tous les instincts et tous les pressentiments d'un héros. Son enfance rappelle les jeux d'Hercule au berceau.

Cependant le héros, pour éprouver son épouse, feint d'avoir oublié Sacountala et son fils. Il n'a plus reparu dans les forêts voisines de l'ermitage. Le saint dit à sa fille que le temps est venu de sommer le roi d'accomplir sa promesse, et de proclamer l'enfant roi et successeur de son père. Un cortège religieux magnifique accompagne Sacountala à la capitale. Écoutons le poëte.

«Voilà,» disent les religieux compagnons de Sacountala, ton épouse fidèle qui arrive de la forêt sacrée avec son fils, beau comme les immortels, et demande à présenter ses hommages à son époux et à son roi.»

Le roi fait un signe de consentement.

Sacountala, tenant son fils par la main, s'avance avec une timidité pleine de crainte et de grâce: «Ô roi,» dit-elle, «les temps sont accomplis où un jeune enfant, fruit de notre légitime union, doit être sacré! Tiens ta parole, ô toi chef et modèle des hommes! ressouviens-toi des noeuds indissolubles qui nous lièrent, ressouviens-toi de l'ermitage de _Canoua_!»

Le roi feint d'avoir tout oublié. Sacountala se trouble, chancelle, s'indigne, s'évanouit, reprend ses sens.--«Un juge caché n'est-il donc pas en toi?» lui dit-elle. «Peux-tu te croire seul quand tu fais le mal? Le soleil et la lune, le feu et le vent, la terre et le firmament, et la vaste étendue des eaux, le jour et la nuit, les deux crépuscules du matin et du soir, tous les éléments sont les témoins des actions les plus secrètes de l'homme: s'il n'a point agi contre la voix intérieure de sa conscience, le juge incorruptible le fait jouir d'une félicité éternelle; mais si en étouffant cette voix il s'adonne au crime, il est condamné aux plus terribles châtiments.»

Un tel discours, dans un tel moment, est déplacé; on voit que dans ces poëmes les situations les plus pathétiques servent moins au développement des passions qu'au développement de la haute morale qui domine dans l'âme des poëtes les passions elles-mêmes. Le cri qui sort du coeur torturé de l'homme ou de la femme retentit dans le ciel plus que sur la terre: la nature s'absorbe dans la religion.