‹ Cours familier de Littérature - Volume 01Chapitre 177 sur 216 · XVI.

XVI.

Le char vole.--Près d'atteindre une gazelle qui s'est levée au bruit, un cri d'effroi s'élève de derrière un rideau d'arbres: «Épargnez la gazelle!» L'écuyer resserre les rênes, un ermite paraît, joignant les mains en signe de supplications pour le pauvre animal.

«Ô roi, dit l'ermite, cette douce gazelle apprivoisée appartient à l'ermitage; ne la tuez pas, ne la tuez pas!--Arrête les coursiers,» dit le roi à l'écuyer qui murmure.

--«Oui, grand prince,» dit l'ermite, «cette gazelle est nourrie dans notre ermitage. Que le ciel écarte de son flanc le trait du chasseur! Une flèche dans un corps aussi tendre serait comme la flamme dans une touffe de coton. Qu'est-ce que l'existence fugitive de ce frêle animal, comparée à la pointe acérée de tes traits?

«Replace donc promptement dans le carquois cette flèche meurtrière. Vos armes, ô rois! ne doivent être employées que pour protéger le faible, et non pour donner la mort à l'innocent.

DOUCHMANTA, avec respect.

La voici dans le carquois.

(Il l'y replace en effet.)

L'ERMITE, avec joie.

Pouvait-on moins attendre d'un noble descendant de Pourou, d'un monarque aussi accompli? Non, tu ne démens pas cette illustre origine. Puisse le ciel t'accorder un fils doué de toutes les vertus, un fils digne de régner un jour sur le monde entier!

LE DISCIPLE.

Puisse le sceptre de ton fils s'étendre sur les deux mondes!

DOUCHMANTA, avec respect.

Je reçois avec reconnaissance ce voeu d'un vénérable brahmane.

LES DEUX ERMITES.

Nous sommes occupés à ramasser du bois dans cette forêt; là, sur les bords du Malini vous pouvez apercevoir l'ermitage de notre maître spirituel Canoua, où il habite avec Sacountala, dépôt précieux que lui a confié le destin. Si d'autres soins n'exigent ailleurs votre présence, daignez entrer dans cette humble retraite, où vous recevrez tous les honneurs dus à un hôte. C'est là qu'à la vue des austérités effrayantes et sans bornes que s'infligent une foule d'anachorètes, vous jugerez si ces vertueux solitaires méritent que pour les protéger votre bras soit incessamment froissé par le nerf toujours tendu de votre arc invincible.

DOUCHMANTA.

Vénérable brahmane, le chef de la famille est sans doute dans cet ermitage?

LES DEUX ERMITES.

Non, prince; il vient de partir pour Somatirtha, où il se rend dans l'intention d'invoquer les dieux, pour détourner de la tête de Sacountala des malheurs dont la menace le destin; mais, avant de s'éloigner, il a chargé sa fille de rendre aux hôtes qui pourraient survenir tous les devoirs de l'hospitalité.

DOUCHMANTA.

Eh bien! je la verrai donc; et, satisfait de mon zèle, j'espère qu'au retour du vénérable Canoua, elle me fera connaître à lui sous l'aspect le plus favorable.

LES DEUX ERMITES.

Seigneur, vous en êtes le maître, et nous cependant nous allons reprendre nos occupations.

(Le brahmane sort avec son disciple.)