‹ Cours familier de Littérature - Volume 01Chapitre 185 sur 216 · XXIII.

XXIII.

Cependant le héros est reparti pour sa capitale, laissant à Sacountala un anneau où son sceau est gravé. Il lui a juré de la reconnaître partout à la vue de ce signe.

Au dernier acte, le saint anachorète _Canoua_ revient au monastère après sa longue absence. Il apprend, de la bouche de son élève chérie Sacountala, la visite du héros, son amour, sa promesse de la couronne, quand elle viendra dans sa capitale lui présenter l'anneau nuptial.

L'anachorète apprend d'elle-même qu'une union secrète, mais approuvée par la religion et les lois, l'unit au héros, et qu'elle porte dans son sein un gage de son union, roi futur du royaume. Le saint ermite approuve tout, et comble Sacountala de présents pour la faire reconduire dignement à son époux.

La description de ces présents de noce est aussi pittoresque qu'elle est poétique. Les divinités même invisibles y apportent leur tribut. Les compagnes de la jeune mère s'écrient: «Nous apercevons, flottant aux branches d'un grand arbre, un voile céleste, du lin le plus fin, imitant dans sa blancheur la lumière argentée de la lune, sûr présage du bonheur qui attend Sacountala». Un autre arbuste distillait une laque admirable, destinée à teindre du plus beau rouge ses pieds délicats; tandis que, de tous côtés, de petites mains charmantes, qui rivalisaient d'éclat avec les plus belles fleurs, se faisant jour à travers le feuillage, répandaient autour de nous ces joyaux de toute espèce, dignes de briller sur le front d'une reine.

PREYAMVADA, regardant Sacountala.

C'est ainsi que nous voyons l'abeille quitter le creux de l'arbre où elle a établi sa demeure, pour venir fêter la fleur du lotus, qui l'attire par son miel parfumé.

CANOUA.

Les déesses, par cette faveur, ne déclarent-elles pas que la fortune du roi est désormais attachée à ta personne, et que tu vas pour toujours la fixer dans son palais?»

(Sacountala baisse modestement les yeux.)

Le vénérable anachorète, supérieur de l'ermitage, chante en ses vers ces adieux et ses voeux à Sacountala, sa favorite:

«Divinités de cette forêt sacrée, que dérobe à nos regards l'écorce de ces arbres majestueux que vous avez choisis pour asile;

«Celle qui jamais n'a approché la coupe de ses lèvres brûlantes avant d'avoir arrosé d'eau pure et vivifiante les racines altérées de vos arbres favoris; celle qui, par pure affection pour eux, aurait craint de leur dérober la moindre fleur, malgré la passion bien naturelle d'une jeune fille pour cette innocente séduction; celle qui n'était complètement heureuse qu'aux premiers jours du printemps, où elle se plaisait à les voir briller de tout leur éclat; Sacountala vous quitte aujourd'hui pour se rendre au palais de son époux; elle vous adresse ses adieux.

«Que son voyage soit heureux; que l'ombre épaisse des grands arbres lui offre dans tout son trajet un abri impénétrable aux rayons du soleil; qu'un doux zéphyr, rasant la surface limpide des lacs tout couverts des larges feuilles du lotus azuré, leur dérobe pour elle une rosée rafraîchissante, et qu'il endorme ses fatigues à son souffle caressant; puissent ses pieds délicats ne fouler dans sa marche paisible que la poussière veloutée des fleurs!»

Sacountala revient sur ses pas, rappelée par sa tendresse pour les animaux favoris qu'elle abandonne.

«Ô père,» dit-elle à l'ermite, «lorsque cette charmante gazelle, qui n'ose se hasarder loin de l'ermitage, et dont la marche est ralentie par le poids du petit qu'elle porte dans ses flancs, sera devenue mère, ah! n'oubliez pas de m'en instruire!

«Mais qui donc,» continue la jeune fille, «marche ainsi sur mes pas et s'attache aux pans de ma robe?»