‹ Cours familier de Littérature - Volume 01Chapitre 186 sur 216 · L'ERMITE.

L'ERMITE.

Tu le vois, ma fille: c'est ton petit faon chéri, ton enfant adoptif, dont si souvent tu as guéri les blessures avec l'huile d'ingoudi, lorsqu'il accourait vers toi, les lèvres ensanglantées par les pointes acérées du cousa. Se souvenant avec quel soin tu lui faisais manger dans ta propre main les grains savoureux du syamoca, il ne peut abandonner les traces de sa bienfaitrice.

(Sacountala le baise, les yeux humides de larmes.)

Pauvre petit, pourquoi t'attacher encore à une ingrate qui se résout ainsi à abandonner le compagnon de ses jeux? Va, de même que je t'ai recueilli lorsque, au moment de ta naissance, tu vins à perdre ta mère, à présent que tu souffres de ma part un second abandon, notre bon père va te prodiguer les soins les plus tendres.

(Elle pleure sans pouvoir avancer.)

CANOUA.

Essuie, essuie tes larmes, ma chère fille; prends courage, et jette un regard ferme sur le chemin que tu as à parcourir.

Viens-tu à surprendre sur ta paupière humide une larme qui chercherait à détruire l'effet de tes résolutions? dissipe-la aussitôt par le plus noble effort. Songe, mon enfant, que, dans la route inégale de la vie, la plus mâle fermeté se trouve souvent exposée aux plus rudes épreuves, et que, de les surmonter, c'est en cela que consiste la vertu.

SARNGARAVA.

Vénérable ermite, vous vous rappelez sans doute ce texte de la loi sacrée: _Accompagne ton ami jusqu'à ce que tu rencontres de l'eau!_ Or, nous voici près de l'étang; congédiez-nous, et retournez à l'ermitage!