‹ Cours familier de Littérature - Volume 01Chapitre 54 sur 216 · VI.

VI.

La calèche s'arrêta au sommet du plateau dans un chemin creux, auprès de deux ou trois pauvres chaumières; les enfants et les chèvres de ces chaumières jouaient au soleil au bord d'un fleuve encaissé et profond, qui coupait la prairie avec un calme et un silence perfides: c'était le Vellino.

On eût dit que la terreur du précipice qu'il allait franchir l'étonnait lui-même, le suspendait et le faisait presque refluer en arrière, tant son onde verdâtre, huileuse et profonde paraissait s'attacher aux parois de son lit, et se voiler d'arbres et de roseaux penchés sur son cours.

Le bruit seul des eaux croulantes nous conduisit de bouquets d'arbres en bouquets d'arbres, qui nous cachaient la chute et la vallée, jusqu'à un promontoire avancé sur le vide, comme un cap démesurément élevé sur l'Océan.