‹ Cours familier de Littérature - Volume 01Chapitre 67 sur 216 · XIX.

XIX.

Sa double célébrité de beauté et de génie croissait avec les saisons: dès qu'elle paraissait dans les théâtres, dans les fêtes, dans les académies, un murmure d'admiration courait dans la foule, tous les yeux se tournaient vers elle pour la contempler. Les jeunes hommes exaltaient ses charmes, les vieillards la plaignaient d'une célébrité funeste au bonheur. On se demandait avec inquiétude comment une femme, habituée à vivre d'encens dans un monde qui n'était jusque-là qu'un temple pour elle, pourrait se contenter d'un seul coeur et d'une place obscure dans le foyer d'un mari.

Mille bruits couraient sur son mariage; aucuns n'étaient vrais. La gloire attire les yeux, mais fait peur au sentiment; à moins d'être très-inférieur et d'accepter humblement son infériorité, ou à moins d'être très-supérieur et de ne craindre aucune éclipse, on redoute d'épouser ces grandes artistes qui introduisent la publicité dont elles rayonnent dans le ménage, qui ne veut que le demi-jour. On la trouvait trop grande pour la maison d'un époux ordinaire; on rêvait pour elle on ne sait quel sort plus grand que nature. On ne la connaissait pas. Elle ne voulait qu'un coeur; elle savait se proportionner aux plus humbles conditions de la vie commune, pourvu que l'amour, cette poésie du coeur, ne manquât pas à sa destinée.