‹ Cours familier de Littérature - Volume 01Chapitre 68 sur 216 · XX.

XX.

Quoi qu'il en soit, à l'insu de sa mère et d'elle-même, quelques admiratrices de sa beauté, parmi des femmes de cour et quelques courtisans affairés d'importance, conçurent, dit-on, à cette époque l'idée intéressée de lui faire épouser clandestinement le comte d'Artois, qui fut depuis Charles X.

Ce prince avait eu occasion de voir et d'entendre la jeune fille dans les salons des Tuileries, chez une des femmes de la cour logée au palais; il avait exprimé pour elle une admiration qu'on pouvait prendre pour de l'amour.

On savait qu'il ne voulait pas se remarier d'un mariage authentique, par des délicatesses de famille et de dynastie; mais on pensait que sensible encore, comme il l'avait toujours été, aux charmes d'une société de femmes, et trop pieux pour avoir une favorite, il serait heureux de trouver, dans un mariage consacré par la religion et avoué par l'usage des cours, une compagne des jours de sa maturité.

L'admiration qu'il avait témoignée pour la belle inspirée devant ses courtisans fut prise par eux pour une inclination naissante. Ils s'étudièrent à la nourrir. Il s'agissait de contrebalancer par un empire de femme, exercé sur le coeur de l'héritier de la couronne, l'empire occulte exercé par une autre femme sur le coeur du roi.

Des intelligences dans les affections des princes sont des influences dans leurs conseils; la politique, sous les apparences de l'amour, assiége même l'oreiller des rois. Une _Diane de Poitiers_ légitime, ou une _madame de Maintenon_ jeune et séduisante, parurent une nécessité de situation au parti royaliste. Ce parti ne pouvait pas choisir une personne plus accomplie pour l'un ou l'autre de ces rôles: Diane de Poitiers n'était pas plus belle, madame de Maintenon pas plus supérieure; mais la jeune fille à qui on destinait leur rôle avait l'innocence qui manquait à l'une, la franchise qui manquait à l'autre.