XXIV.
En feuilletant les pages de ses poésies, on lit celles de son coeur. Beaucoup de ces pages pourraient être signées par les premiers noms de la poésie française. Son invocation à la Croix, au début du neuvième chant de son épopée de Madeleine, a l'accent racinien.
Ô martyre divin, supplice rédempteur, Sceptre du Tout-Puissant, Arbre dominateur Dont Dieu même jeta la racine féconde; Étendard glorieux qui gouverne le monde, Symbole consolant, Croix sainte! noble don, Garant universel du céleste pardon! Ton signe révéré, gage de délivrance, Prodigue à tous les maux des trésors d'espérance: La crainte et le bonheur t'invoquent tour à tour. Le soir, du pèlerin tu guides le retour..... Le crime, en ses remords, vient t'arroser de pleurs, Et la vierge au front pur te couronne de fleurs. Tu consoles les rois quand leur trône succombe, Et du pauvre oublié tu protéges la tombe! Ah! puissent tes bienfaits s'étendre jusqu'à moi!
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Fais que dans mes récits, déguisant leur faiblesse, La parole de Dieu conserve sa noblesse! Pour raconter la mort qui sauva l'univers, Fais que l'Esprit divin se révèle en mes vers, Et que, douant ma voix de force et d'harmonie, L'ardente piété me serve de génie!
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Les premiers vers de la _Vision_ sont du même accent: La jeune fille, au coeur héroïque, est visitée en songe par l'apparition de Jeanne d'Arc.
Sous les verts peupliers qui bordent nos prairies, Hier j'avais porté mes vagues rêveries; J'écoutais l'onde fuir à travers les roseaux, Et debout, effeuillant le saule du rivage, J'attachais mes regards sur le cristal des eaux, Qui, du ciel étoilé réfléchissant l'image, La nuit sur le vallon répandait sa fraîcheur; Et les vapeurs du lac dont j'étais entourée, D'un nuage céleste égalant la blancheur, Semblaient unir la terre à la voûte azurée.
Mais soudain quel prestige a troublé mes esprits!... Le lac s'est éclairé d'une flamme inconnue; Tremblante, je m'approche, et mes regards surpris Dans l'eau qui la répète ont vu s'ouvrir la nue! Sur un nuage d'or une femme apparaît... Son sein était couvert d'une robe éclatante; Du bandeau virginal sa tête se parait, Et son bras agitait la bannière flottante. Sur son front, dégagé du panache vainqueur, Des lauriers lumineux formaient une auréole. Alors un saint effroi venant saisir mon coeur, À genoux j'écoutai sa divine parole. «Lève-toi, me dit-elle, et reconnais en moi La vierge des combats, le sauveur de son roi; Celle qui déserta sa tranquille chaumière Pour suivre de l'honneur le périlleux chemin; Celle qui délivra la France prisonnière, Et qui porte encor dans sa main Et sa houlette et sa bannière.»
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Elle dit, et bientôt, du nuage voilée, L'héroïne s'enfuit sur la route étoilée. Je restai seule, en proie à mes nouveaux transports; Un céleste pouvoir secondait mes efforts; Le Seigneur m'inspirait; sa divine lumière Embrasait de ses feux mon âme tout entière, Et déjà l'avenir était changé pour moi. Mes yeux entrevoyaient la gloire sans effroi; D'un orgueil inconnu je me sentais saisie. «Guide-moi, m'écriai-je, ô toi qui m'as choisie, Protége de mon coeur la pure ambition! Je jure d'accomplir ta sainte mission; Elle aura tous mes voeux, cette France adorée! À chanter ses destins ma vie est consacrée; Dussé-je être pour elle immolée à mon tour, Fière d'un si beau sort, dussé-je voir un jour Contre mes vers pieux s'armer la calomnie; Dût, comme tes hauts faits, ma gloire être punie, Je chanterais encor sur mon brûlant tombeau! Oui, de la vérité rallumant le flambeau, J'enflammerai les coeurs de mon noble délire; On verra l'imposteur trembler devant ma lyre; L'opprimé, qu'oubliait la justice des lois, Viendra me réclamer pour défendre ses droits; Le héros, me cherchant au jour de sa victoire, Si je ne l'ai chanté doutera de sa gloire; Les autels retiendront mes cantiques sacrés, Et fiers, après ma mort, de mes chants inspirés, Les Français, me pleurant comme une soeur chérie, M'appelleront un jour Muse de la patrie!»
Il est difficile à une femme de chanter, en vers plus sobres, plus nerveux et plus virils, l'_Exegi monumentum_ de son sexe.