XXVII.
Le monologue d'Antoine après la bataille d'Actium a des accents de Corneille.
Actium!... Actium! depuis ce jour je pleure... Implacable destin!... rends-moi, rends-moi cette heure. Ce moment ne peut-il jamais être effacé?... Ne pouvons-nous jamais rien reprendre au passé?... Je donnerais ma vie et mes trente ans de gloire Pour arracher ce jour aux pages de l'histoire! La gloire, c'était là mon rêve le plus beau, La gloire qui fait vivre au delà du tombeau. Être pour l'avenir un immortel exemple, Avoir dans son pays une colonne, un temple, C'était là mon orgueil... et j'étais parvenu À gravir dans la gloire un sommet inconnu. Tout jeune, je faisais admirer mon courage; Comme un vaillant aiglon, j'aspirais à l'orage... Ma mère (il m'en souvient, j'étais encore enfant) Me contait les exploits d'Hercule triomphant... Au superbe récit de cette noble vie, Mes yeux brillaient d'orgueil, d'espérance et d'envie; Et ma mère joyeuse, en me tendant les bras, Disait: «C'est ton aïeul, et tu l'égaleras.» Et moi, j'entrevoyais une sublime tâche!... Qui t'aurait dit alors que tu couvais un lâche, Et que ce fils, objet d'un orgueilleux amour, Dans un combat fameux devait s'enfuir un jour?... Il est heureux pour toi de dormir dans la tombe!... Mais pour grandir Octave, il faut bien que je tombe!... Ma lâcheté d'un jour fait sa valeur à lui; Et s'il a triomphé, c'est parce que j'ai fui. Ô Cicéron! jamais ta haineuse invective Ne descendit si bas que l'opprobre où j'arrive. Tu m'accusais d'orgueil, de rêve ambitieux, D'infâmes cruautés, de vols audacieux, D'attentats qui souillaient la majesté romaine. Jouis!... J'ai dépassé les désirs de ta haine! Triomphe dans ma honte, implacable orateur: C'est moi qui me suis fait mon propre accusateur!...
· · ·