‹ Cours familier de Littérature - Volume 01Chapitre 79 sur 216 · XXXI.

XXXI.

Madame de Girardin était trop Romaine de coeur pour ne pas accepter la république, au moins comme une nécessité de l'occasion ou comme une épreuve du courage. La république seule avait un retentissement d'antiquité. La république à ses yeux, c'était la poésie des événements.

Madame de Girardin n'était d'aucun parti préconçu en politique. Ses instincts non raisonnés, si elle n'avait écouté que l'instinct, l'auraient plutôt reportée de regrets et d'affection vers la Restauration. On est toujours du gouvernement où l'on fut belle.

Elle avait été belle, heureuse, aimée, encensée, sous le gouvernement de ses beaux jours; elle ne s'était jamais attachée au gouvernement de Juillet. Ce régime avait péri de prosaïsme; elle sentait l'impossibilité de couronner alors Henri V, mais la possibilité de couronner le peuple s'il avait voulu de la couronne. Le fond de l'opinion de madame de Girardin, c'était le beau; elle était du parti du beau en toute chose. Rien ne pouvait être plus beau à ses yeux qu'un gouvernement de _Périclès_ en France, gouvernement tenté sans crime après la chute spontanée d'un trône qui n'avait ni tradition ni principe. Ce gouvernement de Périclès défendu par l'unanimité de la nation, conseillé par les talents de toutes les opinions réconciliées dans l'amour de la patrie commune, et présidé fortement par un des meilleurs citoyens, régulateur temporaire de la république, lui souriait. Aussi s'intéressait-elle à cette république naissante, sortant d'une ruine qu'elle n'avait pas faite, pour sauver la nation et l'Europe. Les factions trompèrent ses espérances. La nation n'eut pas la patience qui fonde et qui laisse s'user les difficultés; elle ne donna pas le temps aux choses qui ne s'enracinent que par un peu de temps.

Mais madame de Girardin montra un courage mâle dans les péripéties de cette révolution. Son mari, qui avait impunément attaqué le premier gouvernement de la république, fut emprisonné par le second. L'épouse fut sublime d'angoisse, de tendresse, d'imploration, de menaces, d'éloquence, en revendiquant ou la liberté de son mari, ou le cachot avec lui. Tout céda facilement à ses larmes; il y avait erreur et brusquerie, mais non sévice, dans le gouvernement du jour. Les dernières convulsions de la république expirante ne trouvèrent madame de Girardin ni moins résolue ni moins constante. Les secousses avaient ébranlé sa vie, mais non son âme; elle était à la hauteur de tout, même de l'exil. Madame Roland n'aurait pas mieux su mourir pour son honneur d'épouse ou pour son honneur de poëte.