VII.
Quant à la perfectibilité indéfinie et continue de l'homme, lors même que ce progrès ou cette croissance indéfinie de l'homme et de l'humanité ne serait pas démentie par le bon sens, par l'histoire, par la tradition, elle serait démentie par la nature, par l'organisation même de l'homme, et par la mesure du globe qu'il habite. L'homme divinisé, perfectionné indéfiniment, immortalisé ici-bas dans la félicité et dans la vie, est un contre-sens à tout ce que nous connaissons et à tout ce que nous constatons de la constitution physique de l'homme.
Nous le verrons tout à l'heure dans les recherches sur la prodigieuse antiquité des _Védas_ ou livres sacrés primitifs de l'Inde. Nous le verrons dans la Chine. Il y a bien des siècles que l'homme existe. Des livres, aussi vieux que les fondements de l'Himalaya, nous parlent de l'homme, de ses sens, de ses formes, de sa stature, de son état physique et moral. La terre, la mer, la pierre s'entr'ouvrent pour rendre au jour, sous les bandelettes des momies ou dans les sépulcres de marbre, les squelettes des hommes qui vivaient sur la terre avant que le marbre lui-même fût formé. Où sont donc dans ces livres, où sont donc dans ces vestiges, où sont donc dans ces squelettes de l'homme primitif les preuves ou les indices des moindres progrès dans la construction physique de l'humanité? Quels sens manquaient aux hommes des premiers âges? Quels sens ont été ajoutés aux hommes d'aujourd'hui? Y a-t-il un nerf, une fibre, un ongle, un muscle, une articulation de différence entre l'homme d'hier et l'homme de quatre mille ans en arrière? Montrez-moi seulement que votre nature éternellement progressive ait donné, par le travail de ce prodigieux écoulement de siècles, un organe, un doigt, une dent, un cheveu de plus à sa créature favorite, une ligne à sa stature, un jour à la durée de sa vie!... Non, rien, pas même un atome de matière organisée de plus à son usage. Tel il est, tel il fut, tel il sera, jeté comme une argile pesée par la même main dans le même moule.