XXII
Nous avons voulu, dans nos voyages, nous rendre compte une fois à nous-même, par nos propres impressions, des impressions du spectacle du désert sur l'âme de l'homme. Nous avons voulu faire l'épreuve de l'infini, s'il nous est permis de risquer une si audacieuse expression. Mais l'épreuve du désert et de l'infini sur quel homme? sur un homme d'Europe, sur un homme exténué et aminci par ce que nous appelons civilisation! sur un homme d'intelligence ordinaire, d'imagination bornée, de fibres de chair au lieu de fibres de bronze! sur un homme nourri de lait de femme au lieu d'avoir été nourri, comme Job, de moëlle de lions! Qu'est-ce qu'un tel homme, auprès du vieillard de la terre primitive, auprès du titan sur son fumier apostrophant son créateur sur son trône d'astres? Rien!... N'importe; je n'en avais point d'autre à soumettre à l'épreuve. J'étais ce que j'étais; mais le désert était toujours le désert. _Je voulais voir, j'ai vu_, comme dit le poëte.