‹ Cours familier de Littérature - Volume 02Chapitre 161 sur 195 · XXVI

XXVI

Le fourriérisme est né, dans un comptoir, de l'isolement et de la stagnation d'une idée exclusivement commerciale, dans son auteur Fourrier. La société, à ses yeux, n'a plus été qu'un livre en partie double, se balançant par profits et pertes à la fin d'une éternelle association de fabrique liquidée par l'éternité. L'isolement de cette idée a fini promptement par lui donner le délire. Le fabricant s'est fait thaumaturge. Son comptoir, fermé au grand air, s'est peuplé de visions. Il a promis à l'homme hébété de chiffres que l'association transformerait jusqu'à sa nature physique et jusqu'aux éléments immuables de la création: la terre, l'océan, l'air, l'eau, le feu, les planètes mêmes, ces écrins éclatants de Dieu. Enfin, expirant sous le poids de ses miracles, il a laissé après lui une autre utopie tout aussi funeste (car tout mensonge nuit): l'utopie de la perfectibilité continue _et indéfinie_ de l'homme sur la terre; utopie dont le dernier résultat logique, en marchant de conséquence en conséquence, serait celui-ci: Ce n'est pas Dieu qui a créé l'homme, mais ce pourrait bien être l'homme qui aurait créé Dieu!...

Car où s'arrêterait cette ascension indéfinie et continue de l'homme, si ce n'est au delà même de la Divinité?...

Ainsi des autres rêves humains nés dans les cachots, dans les cellules, dans les ateliers, dans les bibliothèques, dans les comptoirs, dans les laboratoires fermés au grand air. Étrange phénomène! partout où manque l'espace manque la vérité. Il y a analogie mystérieuse entre l'étendue des idées et l'étendue des horizons. C'est bizarre, mais c'est simple. L'âme n'est pas indépendante de ses sens.

Voilà, pour en revenir à Job, voilà pourquoi le poëte du désert est le plus vaste des poëtes!

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