XXVII
J'exprimais dans ces vers, en m'embarquant pour la première fois pour l'Orient, il y a vingt-quatre ans, la curiosité passionnée que je ressentais d'éprouver sur moi-même les impressions du désert:
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Je n'ai pas navigué sur l'océan de sable, Au branle assoupissant du vaisseau du désert; Je n'ai pas étanché ma soif intarissable, Le soir, au puits d'Hébron, de trois palmiers couvert; Je n'ai pas étendu mon manteau sous les tentes, Dormi dans la poussière où Dieu retournait Job. Ni la nuit, au doux bruit des toiles palpitantes. Rêvé les rêves de Jacob.
Des sept pages du monde une me reste à lire: Je ne sais pas comment l'étoile y tremble aux cieux, Sous quel poids du néant la poitrine y respire, Comment le coeur palpite en approchant des Dieux! Je ne sais pas comment, au pied d'une colonne D'où l'ombre des vieux jours sur le barde descend, L'herbe parle à l'oreille, ou la terre bourdonne, Ou la brise pleure en passant.
Je n'ai pas entendu dans les cèdres antiques Le cri des nations monter et retentir, Ni vu du haut Liban les aigles prophétiques S'abattre au doigt de Dieu sur les palais de Tyr. Je n'ai pas reposé ma tête sur la terre Où Palmyre n'a plus que l'écho de son nom, Ni fait sonner au loin, sous mon pied solitaire, L'empire vide de Memnon.
Je n'ai pas entendu, du fond de ses abîmes, Le Jourdain lamentable élever ses sanglots, Pleurant avec des pleurs et des cris plus sublimes Que ceux dont Jérémie épouvanta ses flots. Je n'ai pas écouté chanter en moi mon âme Dans la grotte sonore où le barde des rois Sentait, au sein des nuits, l'hymne à la main de flamme Arracher la harpe à ses doigts.
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Voilà pourquoi je pars, voilà pourquoi je joue Quelque reste de jours inutile ici-bas. Qu'importe sur quel bord le vent d'hiver secoue L'arbre stérile et sec, et qui n'ombrage pas! L'insensé! dit la foule.--Elle-même insensée! Nous ne trouvons pas tous notre pain en tout lieu: Du barde voyageur le pain, c'est la pensée; Son coeur vit des oeuvres de Dieu!
Adieu donc, mon vieux père! adieu, mes soeurs chéries! Adieu, ma maison blanche à l'ombre du noyer! Adieu, mes beaux coursiers, oisifs dans mes prairies! Adieu, mon chien fidèle! Hélas! seul au foyer, Votre image me trouble, et me suit comme l'ombre De mon bonheur passé qui veut me retenir. Ah! puisse se lever moins douteuse et moins sombre L'heure qui doit nous réunir!
Six mois après, je parcourais pendant soixante jours, avec une caravane, le désert de Job.
Les impressions que je reçus alors de ces solitudes se sont représentées avec tant de force et de netteté à mon imagination, ces jours-ci, que j'en ai reproduit une partie dans les vers suivants, méditation poétique tronquée dont je copie seulement quelques fragments pour mes lecteurs. Depuis ce pèlerinage dans le désert, j'ai parlé tant d'autres langues que je dois demander indulgence pour ces réminiscences de poésie.
LE DÉSERT OU L'IMMATÉRIALITÉ DE DIEU
MÉDITATION POÉTIQUE.