XIX
Je ne me dissimulais pas le moins du monde cependant que l'Italie aurait des frémissements et des secousses, que l'Allemagne s'armerait pour y maintenir sa puissance _non nationale_, mais habituelle, en Lombardie. Je connaissais de jeunesse le caractère hésitant, repentant, puis récidivant, _extemporané_ enfin, pour me servir du mot latin, de Charles-Albert. Je me défiais de l'entraînement inopportun qu'il donnerait à son armée ou qu'il subirait de ses peuples. Je devais dans cette prévision, trop vite vérifiée, faire prendre une position de forte expectative à la république sur les Alpes. Je fis décréter l'armée des Alpes de soixante mille hommes, échelonnés de Lyon à la frontière du Var.
Quelle était la signification de l'armée des Alpes?--Elle était double dans mon esprit: premièrement, être prête à descendre en Piémont, au premier signal de péril de cette puissance; secondement, être prête à réprimer les agitations religieuses, civiles, socialistes et démagogiques qui pouvaient éclater à chaque instant dans le midi de la France, plus passionné que le nord, à Lyon, à Avignon, à Marseille, à Toulon, dans tout le bassin de la Saône et du Rhône.
Ainsi l'armée des Alpes, par sa seule existence, dominait inoffensivement l'Italie de son front, pacifiait par son flanc droit le midi de la France.