‹ Cours familier de Littérature - Volume 02Chapitre 8 sur 195 · X

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En Espagne, l'héroïsme et la poésie se touchent par le grandiose du caractère et par l'orientalisme de l'imagination. L'Espagne n'a plus depuis longtemps ses chantres du Cid, ses Cervantès, ses Caldéron et ses Lopé de Véga. Le quiétisme somnolent de sa cour et de ses monastères avait assoupi son génie naturel; mais l'invasion révoltante de son territoire, en 1810, par Napoléon, lui a rendu le patriotisme par l'indignation. Ses cortès lui ont rendu la liberté; ses secousses révolutionnaires de 1820, et les contre-coups prolongés de ces secousses jusqu'à ce jour, lui ont rendu ce qui se réveille avant tout dans un peuple en ébullition, l'éloquence. Les orateurs précèdent les poëtes; l'âge de la poésie commence à renaître; la liberté, une fois conquise et une fois régularisée, féconde le génie. Le génie n'était pas mort en Espagne, il sommeillait. Voilà le réveil! Attendons-nous à de grandes choses, non-seulement dans l'Espagne continentale, mais dans les Amériques espagnoles. Ces Amériques espagnoles ressemblent à ces colonies grecques de l'Asie, devenues libres par la distance, mais restées grecques par la vigueur des caractères et par l'élégance du génie natal.

Il en est de même du Portugal et du Brésil. Là, une imagination plus latine et une langue plus belle encore que l'espagnol, la langue des _Lusiades_, attend d'autres Camoëns, dont les chants seront répétés par deux mondes, de _Cintra_ à _Rio-Janeiro_.