‹ Cours familier de Littérature - Volume 03Chapitre 102 sur 137 · XIX

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Mais, avant de feuilleter avec vous page à page, ces trois poëmes en un, _l'Enfer_, _le Purgatoire_, _le Paradis_, poëmes pleins de tant de splendeur de style et de tant de ténèbres d'idées, disons un mot des différentes interprétations que les traducteurs ou commentateurs français ont données du sens métaphysique de _la Divine Comédie_.

Il n'y a pas très-longtemps que le poëme du Dante a commencé à retentir an delà des Alpes. Boileau n'en parle pas dans son _Art poétique_, ou, s'il en parle, dans le passage où il réprouve le merveilleux chrétien en poésie, c'est avec dédain. Voltaire en parle dans quelques lettres à des savants italiens, mais il ne l'avait évidemment pas lu tout entier (chose difficile), et on a vu plus haut qu'il en parle comme d'une _monstruosité_ poétique.

Les premières traductions qu'on en donna en France, à la fin du dernier siècle, ne sont que des paraphrases enluminées ou affadies; il est impossible d'y trouver trace de l'original: ce sont des dentelles sur le corps d'Hercule. La première traduction sérieuse et les premiers commentaires compétents sont la traduction et les notes explicatives du chevalier Artaud. M. Artaud était un diplomate et un savant français, résidant tantôt à Florence, tantôt à Rome. Je l'ai beaucoup connu dans ma jeunesse; j'ai été son disciple en diplomatie italienne et en intelligence des poëtes de cette terre de toute poésie. C'est lui qui m'a fait épeler le Dante, c'est à lui que je dois le droit de le comprendre et d'en parler aujourd'hui. J'aime à lui rendre ce tribut de reconnaissance sur sa tombe; il y est descendu tard; il s'y repose d'une vie honorable et laborieuse dans un champ des morts de Paris. Il était digne de dormir avec les illustres Toscans sur sa couche de gloire dans le champ des morts (_Campo Santo_) de Pise, ou dans l'église de _Santa Croce_ à Florence, ou bien à Ravenne, à l'ombre du sépulcre du Dante! Les Italiens devraient revendiquer sa dépouille comme ils devraient revendiquer un jour la mienne, si l'homme doit dormir en effet dans la terre qu'il a le plus aimée.