‹ Cours familier de Littérature - Volume 03Chapitre 117 sur 137 · III

III

Que résulte-t-il littérairement de ce coup d'oeil sur la jeunesse, sur la maturité, sur la vieillesse de l'homme? Il en résulte qu'il y a et qu'il doit y avoir eu toujours des écrivains correspondants à ces trois phases de la vie humaine. La littérature légère dont nous nous occupons en ce moment, à propos d'Alfred de Musset, appartient particulièrement à la jeunesse: rire, sourire, badiner, aimer, délirer, chanter, folâtrer avec les primeurs de la vie qui ne vivent qu'un jour, sont choses jeunes de leur nature. Il y a une strophe d'un poëte persan adressée aux sources de _Chiraz_ qui m'a frappé dès mon enfance, en la lisant dans une traduction anglaise. Je ne me rappelle pas littéralement les paroles, mais voici le sens:

«Charmant ruisseau dont le gazouillement m'assoupit pendant la chaleur du jour et où je fais rafraîchir le vin de Chiraz, tu ne murmureras plus ainsi, quand l'hiver sera venu et qu'il aura congelé et solidifié tes ondes babillardes.--Oui, me répondait la petite onde fugitive, mais Allah m'étendra et me polira dans mon bassin en miroir de cristal, et j'y refléterai son soleil et les étoiles du ciel!»

Image aussi naïve et aussi philosophique, selon moi, qu'aucune image d'Horace pour assigner leur rôle différent au printemps et à l'hiver des poëtes!