‹ Cours familier de littérature, tome 3Chapitre 118 sur 137 · IV

IV

Mais indépendamment de cette littérature badine de la jeunesse et de cette littérature sérieuse de l'âge mûr ou de l'âge avancé, il y a une sorte de littérature mixte participant des deux autres et inventée par les Italiens, ces inventeurs de tout ce qui amuse ou charme en Europe. Ils appellent ce genre de littérature, le genre semi-sérieux, genre éminemment propre aussi au génie français qui aime à faire badiner même la raison, et qui ne flotte ni trop haut ni trop bas entre le ciel et la terre. Voici ce que nous écrivions l'année dernière sur ce genre si fin et si indéfinissable de littérature, à propos de l'aimable vieillard Xavier de Maistre, l'auteur du Voyage autour de ma chambre.

«Le caractère de Xavier de Maistre se lit dans son style, dès la première page de son livre. C'était un caractère semi-sérieux; c'est ainsi que les Italiens désignent cette espèce d'oeuvre et cette espèce d'homme dont le divin Arioste est dans leur langue le type le plus original et le plus achevé, comme Sterne l'est pour l'Angleterre.

«L'écrivain semi-sérieux est un homme chez lequel la sensibilité douce et l'enjouement tendre sont, par le don d'une nature modérée, dans un si parfait équilibre, qu'en étant sensible, l'écrivain ne cesse jamais d'être enjoué, et qu'en étant enjoué il ne cesse jamais d'être sensible; en sorte qu'en le lisant ou en l'écoutant on passe à son gré, du sourire aux larmes, et des larmes au sourire sans jamais arriver ni jusqu'au sanglot qui déchire le coeur, ni jusqu'à l'éclat de rire, cette grossièreté de la joie. Phénomène rare et admirable d'une nature parfaitement pondérée qui semble toujours prête à glisser ou dans la mélancolie ou dans le cynisme, mais qui n'y glisse en réalité jamais, et qui, par la merveilleuse élasticité de son ressort, se relève toujours de la douleur ou de la plaisanterie dans la sérieuse sérénité d'une philosophie supérieure à ses propres impressions.»

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