‹ Cours familier de Littérature - Volume 03Chapitre 120 sur 137 · VI

VI

Rien n'est donc de plus légitime quand on est jeune, spirituel, oisif, amoureux, libre de soucis et de deuils, délicatement voluptueux, légèrement grisé de la séve du coeur ou de la séve du raisin; rien n'est si naturel du moins que de chanter nonchalamment couché à l'ombre du pin qui chante sur votre tête, au bord du ruisseau qui court et qui chante à vos pieds, au coucher du soleil, au lever de la lune, heure où chante le rossignol, sur l'herbe où chante la cigale, tenant à la main la coupe où chante d'avance dans la mousse qui pétille la demi-ivresse du buveur insoucieux; cette poésie du passe-temps et du plaisir, quelque futile qu'elle soit, a eu des échos tellement conformes à notre nature et tellement sympathiques aux légèretés de notre pauvre coeur humain, que ces échos se sont prolongés depuis Anacréon jusqu'à Béranger, et depuis Hafiz jusqu'à Alfred de Musset, cet Hafiz de nos jours.

La France a été la terre de prédilection de cette littérature du plaisir et du passe-temps. La France, ou, selon l'expression du _Tasse_, qui venait de visiter la Touraine:

... _La terra dolce e ieve Simile a se gli habitator produce!_

«La France où un sol léger et superficiel produit des habitants du même caractère que son sol!»