XII
Alfred de Musset appartenait à une ancienne famille noble de la Touraine. Son père, administrateur par état, était homme de lettres par goût; il avait profondément étudié J.-J. Rousseau. Un excellent livre de lui, intitulé _Vie et ouvrage de J.-J. Rousseau_, atteste à la fois son enthousiasme et sa saine critique. C'est un supplément des _Confessions_. Sa conduite, dans toutes les circonstances difficiles de ces temps de contrastes et de revirements de fortune, fut aussi noble que ses sentiments. La mère d'Alfred de Musset survit, hélas! à son fils, mais consolée et honorée au moins par un autre fils, aussi lettré, aussi aimable, aussi éminent, mais plus sérieux. Elle est fille d'un membre du Conseil des Anciens, nommé Des Herbiers. Des Herbiers était ami de Cabanis, qui reçut le dernier soupir de Mirabeau. Cet aïeul d'Alfred de Musset cultivait la poésie. Il imprimait déjà à ses vers ce tour spirituel, original, capricieux, caractère des drames légers de son petit-fils. Il est rare qu'on soit sans aïeux dans le génie comme dans la fortune. En remontant avec attention le cours des générations dans les plus humbles familles, on retrouve presque toujours dans la première goutte du sang la source de la dernière. Il y a une révélation dans la généalogie; on ne doit pas trop s'étonner que les hommes de tous les siècles y aient attaché, sinon une gloire, du moins une signification. Ceci ne contredit point la démocratie, cela peut l'honorer au contraire, car il y a une noblesse de sentiments et de moeurs dans toutes les conditions, et toutes les familles ont des ancêtres sous le chaume comme dans le palais.