XIII
Alfred de Musset fut le premier couronné dans toutes ses études. L'enfance est ainsi bien souvent la promesse de la vie. En 1827, il remporta le grand prix de philosophie au concours général de l'élite des étudiants de Paris; il n'avait que dix-sept ans. On voit que si la philosophie manqua plus tard à sa vie, ce ne fut pas par ignorance, mais par cette indolence qui n'est une grâce que parce qu'elle plie.
Ce succès éclatant à la fin de ses études l'introduisit presque encore enfant chez Nodier, dans cette société de l'Arsenal dont la gloire était Hugo, dont l'agrément était Charles Nodier. Il apprit de l'un l'art des vers; il apprit trop peut-être de l'autre l'art de dépenser sa jeunesse en loisirs infructueux, en nonchalances d'imagination, en voluptés paresseuses d'esprit. Nodier était le plus délicieux des causeurs et le plus dangereux des modèles. Il aurait dû naître curé de village, vicaire de Wakefield, uniquement occupé à sarcler les herbes de son jardin l'été, à regarder l'hiver les pieds sur ses chenets, la bûche jaillir en étincelles sous les coups distraits, de ses pincettes, et à prolonger le souper avec quelques voisins sans affaires jusqu'à l'aurore dans les entretiens sans suite et intarissables de son foyer. Nous l'avons beaucoup connu et beaucoup aimé nous-même. Nous ne l'avons jamais vu remplacé; c'était une de ces grâces dont on ne peut se passer, une de ces inutilités nécessaires au coeur et qui manquent au bonheur comme elles manquent au temps. Cette molle incurie de l'âme et du talent qui faisait la faiblesse de son caractère, faisait le charme de son esprit. _Molle atque facetum!_