‹ Cours familier de Littérature - Volume 03Chapitre 32 sur 137 · IX

IX

Il avait des larmes, en m'écoutant, dans ses beaux yeux bleus. «Déjeunons,» me dit-il du ton avec lequel Auguste dit à Cinna: «_Prends un siége, Cinna!_» Puis il essuya ses yeux d'un revers de main. «Vous m'attendrissez,» me dit-il, «avec ces images de père, de mère, de soeurs, plus encore qu'avec vos beaux vers bibliques. _Soyons amis_, ajouta-t-il en souriant.»

Il sonna. La belle personne qui m'avait introduit entr'ouvrit la porte du cabinet contigu au salon. Elle avait fait sa toilette pour sortir, pendant ma lecture. Elle me parut plus éclatante, mais non plus gracieuse que le matin.

«Que veux-tu? mon ami,» dit-elle à Talma. Puis, voyant à ses yeux humides qu'il avait été ému plus que d'habitude: «La tragédie de monsieur est donc bien touchante,» lui demanda-t-elle avec hésitation, «puisqu'elle te fait pleurer?»

«--Oui, oui,» répondit-il entre ses dents, «mais ce n'est pas la tragédie qui me fait monter des larmes aux yeux; c'est ce jeune homme. Fais-nous servir le déjeuner, sur ce guéridon, dans mon cabinet. Monsieur veut bien se contenter de mes oeufs frais, de mon beurre et de mon chocolat. Nous causerons plus à l'aise jusqu'à l'heure de Brunoy.»

«--Eh bien! on va te servir. Adieu!» dit-elle, «je sors jusqu'à midi.» Puis, embrassant Talma et me saluant à demi, elle sortit en me jetant un long regard de curiosité et de bienveillance.