‹ Cours familier de Littérature - Volume 03Chapitre 38 sur 137 · XV

XV

Louis XVIII, en prince habile, voulait rappeler cette grandeur nationale de sa maison à la nation par tous ses sens. Racine, selon lui, faisait partie de la dynastie de Louis XIV; en popularisant Racine il repopularisait son ancêtre. Il chercha quelle était l'oeuvre de Racine dans laquelle le génie du poëte, la majesté de la monarchie, la sainteté de la religion nationale étaient le mieux rassemblés, pour restituer à ces trois institutions, la religion, la monarchie des Bourbons et les lettres, le prestige dont il voulait éblouir la France pour la rattacher par un légitime orgueil national à son passé monarchique. Il trouva _Athalie_. Il ordonna à ses ministres et à ses gentilshommes de la chambre de préparer une représentation féerique et politique d'_Athalie_.

On choisit la salle de l'Opéra comme la scène des prodiges. Cette salle immense et monumentale s'élevait alors dans la rue de Richelieu, à la place où une fontaine funéraire lave éternellement la trace du sang de l'infortuné duc de Berry, assassiné sous le vestibule de ce théâtre si peu de mois après cette fête. On devait, pour compléter l'enchantement de l'esprit par l'enchantement de tous les sens, représenter _Athalie_ avec les choeurs, qui sont le cadre prophétique et musical du drame.

Tous les grands artistes de la France, musiciens, décorateurs, peintres, chorégraphes, exécutants, danseurs, danseuses, acteurs et actrices furent invités par le gouvernement à concourir, sous la direction poétique de Talma, à la dignité, à la splendeur, aux délices de cette représentation. C'était l'apothéose du siècle de Louis XIV sous l'apothéose de Racine. La France entière se pressa et se recueillit pour y assister.