IX
L'année suivante, 1665, Racine donna au théâtre la tragédie d'Alexandre le Grand, tirée de Quinte-Curce et imitée de Corneille et du roman chevaleresque de Mlle de Scudéri. L'élégance de la versification et les allusions adulatrices à Louis XIV, héros toujours réel de ces pièces héroïques, donnèrent à l'ouvrage un succès qu'il était loin de mériter par lui-même.
Tout le génie grec et tragique de Racine n'éclata dans sa plénitude que dans Andromaque. Le poëte français y égale, comme poëte épique, Homère et Virgile, chantres des mêmes catastrophes. Dans Britannicus, qu'il donna en 1669, il rivalisa de génie historique avec Tacite: il ne rivalisa plus de poésie qu'avec lui-même. Bérénice, qui suivit Britannicus, n'est qu'une élégie héroïque pleine d'allusions aux amours du roi. Le poëte cesse d'être tragique à force d'efféminer l'amour et le langage d'un héros. Bajazet offre des beautés supérieures, mais corrompues par la ridicule application des moeurs galantes d'une cour française aux moeurs des Ottomans. Mithridate, Iphigénie, Phèdre enfin, son chef-d'oeuvre profane, élevèrent le nom du poëte au zénith de sa gloire. Nous analyserons ailleurs Phèdre, la plus immortelle de ces oeuvres. Nous montrerons ce que ce génie éclectique et appropriateur a emprunté à ses émules de l'antiquité grecque et latine, et en quoi le sublime imitateur a égalé et surpassé ses modèles.
Mais ici nous reprenons notre récit, puisque ce sont les circonstances de sa vie qui furent l'occasion de ses dernières et de ses meilleures oeuvres.