VII
Bien que le collége soit adhérent à la ville, il n'a ni la tristesse morne, ni l'enceinte obscure d'un édifice borné par d'autres édifices ou par des rues. Bâti sur la pente de la colline qui conduit à Belley, il est la première maison du faubourg. Grâce à cette situation suburbaine, il participe de trois côtés à la vue, à l'air libre, à la solitude de la campagne. De toutes ses fenêtres le regard tombe ou sur des jardins plantés de bouquets de charmille, ou sur un coteau où les vignes hautes d'Italie sont entrecoupés de larges sillons de culture et d'arbres fruitiers, amandiers, pêchers, aux fleurs précoces, aux feuilles sans ombre, ou sur de vertes prairies fuyantes à l'horizon, dans lesquelles paissent de blanches génisses.
Les longs corridors, les hauts dortoirs, la vaste église attenant à l'édifice, les portiques et les cours espacées sur lesquelles s'ouvrent les salles d'étude, donnent à tout l'ensemble de ce bâtiment l'aspect d'une magnifique abbaye de cénobites épris des champs, plutôt que la physionomie murale d'une prison d'enfants, physionomie trop habituelle à ces monuments d'étude.
À l'exception des heures où nous étions penchés, le livre ou la plume à la main, sur nos tables, nous pouvions plonger librement nos regards et nos pensées sur le ciel, sur la campagne, sur les spectacles agrestes, si délicieux à l'enfance. Nous pouvions nous croire encore dans la liberté des champs et des demeures paternelles. Les jésuites qui gouvernaient cette maison d'éducation n'épargnaient rien, il faut le reconnaître, pour donner à leur enseignement et à leur discipline l'agrément et même la grâce du foyer tant regretté où l'enfant avait laissé sa mère, ses soeurs, ses vergers, ses horizons du premier âge.