‹ Cours familier de Littérature - Volume 04Chapitre 131 sur 194 · VIII

VIII

Je sortais d'une autre maison d'éducation toute vénale, dans un sombre et sordide faubourg de Lyon. Les maîtres y étaient froids comme des geôliers, les enfants aigris et méchants comme des captifs. Tout y était contrainte ou terreur, violence ou révolte. J'y avais pris l'horreur de ces bercails d'enfants. Le mal du pays ou plutôt le mal du foyer natal me dévorait. Je m'attendais, hélas! à retrouver les mêmes chaînes et les mêmes supplices au collége de Belley. Je fus agréablement surpris d'y trouver dans les maîtres et dans les disciples une physionomie toute différente. Les maîtres me reçurent des mains de ma mère avec une bonté indulgente qui me prédisposa moi-même au respect; les écoliers, au lieu d'abuser de leur nombre et de leur supériorité contre les nouveaux venus, m'accueillirent avec toute la prévenance et toute la délicatesse qu'on doit à un hôte étranger et triste de son isolement parmi eux; ils m'abordèrent timidement et cordialement; ils m'initièrent doucement aux règles, aux habitudes, aux plaisirs de la maison; ils semblèrent partager, pour les adoucir, les regrets et les larmes que me coûtait la séparation d'avec ma mère. En peu de jours j'eus le choix des consolateurs et des amis. À cet accueil des maîtres et des élèves mon coeur aigri ne résista pas; je sentis ma fibre irritée se détendre et s'assouplir avec une heureuse émulation. La discipline volontaire et toute paternelle de la maison, un autre régime firent de moi un autre enfant. Je ne puis pas dire que j'aimai jamais cette captivité du collége: né et élevé dans la sauvage liberté des champs, les murs me furent toujours odieux; ils pèsent sur mon âme encore aujourd'hui: je vis dans l'horizon plus que dans moi-même.