‹ Cours familier de Littérature - Volume 04Chapitre 148 sur 194 · XVII

XVII

Le père Béquet n'était nullement, comme le père Varlet, un cénobite pétrifié dans sa cellule par son austère piété ou comme le limaçon fossile dans sa coquille: c'était un homme du monde. Il était entré tard, et après une vie répandue, dans l'ordre; il avait voulu recueillir la maturité de sa vie et utiliser à l'instruction littéraire de la jeunesse ses talents et ses goûts, goûts et talents d'un lettré accompli. La littérature était pour lui la moitié de l'existence: sa piété même était littéraire. Il croyait que l'esprit humain est comme la glace de cristal, et que plus on le polit, plus il reflète de divinité dans ses oeuvres.

Nous l'aimions tous, surtout les plus grands et les plus lettrés d'entre nous. Il était plutôt pour nous un condisciple avancé en années qu'un maître. Ses conversations familières avec nous dans les jardins, pendant les heures de délassement, étaient les meilleures et les plus charmantes de ses leçons. Son goût raffiné tenait un peu de la douce et exquise mollesse de son caractère. Ce caractère était gracieusement exprimé sur sa physionomie. Son visage était presque toujours déridé, non par un rire bruyant et ouvert, mais par ce sourire fin et pensif qui semble relever sur les lèvres une demi-pensée et un demi-mot. On voyait que ce qu'il contemplait en lui-même était toujours bon, spirituel, agréable à lui et aux autres. Ses lèvres en avaient contracté un pli: c'était la réticence de la bonté qui médite un plaisir à faire ou une amabilité à dire.

Le seul défaut littéraire de cet excellent homme tenait à ses qualités de coeur et d'esprit: il y avait un peu d'effémination dans son goût et de fleurs dans son style. Il y a un genre d'ornementation gothique qu'on appelle le gothique fleuri; le style du père Béquet était du français fleuri. On juge de son attrait pour M. de Chateaubriand, le grand génie de cette magnifique corruption du style.