I - II
Quand ton front brun fléchit sous la cruche à deux anses Où tu rapportes l'eau du puits pour le gazon; Quand, la nuit, aux lueurs de la lune, tu danses Sur le toit aplati de la blanche maison, Et que ton frère enfant, pour marquer la cadence, Pinçant d'un ongle aigu les cordes de laiton, Fait gronder la guitare ainsi qu'un hanneton, Jeune fille aux longs yeux, sais-tu ce que je pense?
L'autre jour je te vis (tu ne me voyais pas); Tu portais sur ton front ta cruche toute pleine; Son poids de tes pieds nus rapetissait les pas, Et la pente escarpée essoufflait ton haleine. Un vieillard en sueur montait par le chemin (Un frère mendiant qui glane sur la terre); Il rapportait le pain et l'huile au monastère. Il s'approcha de toi, son rosaire à la main; Toi tu compris sa soif et t'arrêtas soudain. Jeune fille aux longs yeux, sais-tu ce que je pense?