I
L'_Iliade_ est le poëme de la vie publique; l'_Odyssée_, que j'ouvre en ce moment devant vous, est le poëme de la vie domestique. Il y a autant de différence entre l'_Iliade_ et l'_Odyssée_ qu'il y en a entre le champ de bataille ou le conseil des princes et le foyer de famille. L'_Iliade_ célèbre l'héroïsme, l'_Odyssée_ raconte le coeur humain. La première de ces épopées est le livre des héros, la seconde est le livre de l'homme. Homère est plus sublime peut-être dans l'_Iliade_, il est plus intéressant dans l'_Odyssée_; la gloire a des accents plus éclatants, la nature en a de plus intimes et de plus pathétiques. Dans l'un et dans l'autre de ces poëmes différemment divins, Homère est égal à lui-même, c'est-à-dire supérieur à tout ce qui a été raconté ou chanté avant lui. Faisons donc faire silence à tous les bruits du jour dans notre âme et reportons-nous à l'époque héroïque et pastorale du monde, dans une de ces îles, véritables _Édens_, de la mer sur l'Archipel, et écoutons.