‹ Cours familier de Littérature - Volume 04Chapitre 175 sur 194 · V

V

Cet oncle, à qui sa profession sacerdotale interdisait le bonheur d'avoir une famille, aimait tendrement mon père; il nous avait adoptés pour ses enfants. Nous quittions tous les ans notre maison moins pastorale du Mâconnais pour aller passer l'été et l'automne dans sa belle demeure; elle m'était destinée après lui. Notre père et notre mère nous y conduisaient tout petits pour y continuer notre éducation domestique et pour animer un peu cette solitude par ce doux tumulte dont six enfants en bas âge remplissent la maison d'un homme sans famille. C'est là que nous avons pris tous le goût passionné et l'habitude de la vie des champs, qui élargit l'âme, en opposition avec le séjour des villes, qui la rétrécit. L'espace grand devant les pas, le ciel libre sur la tête rendent l'âme vaste et l'esprit indépendant: les murs sont l'esclavage, les champs sont la liberté.