‹ Cours familier de Littérature - Volume 04Chapitre 23 sur 194 · V

V

Ici ce n'est plus le poëte scolastique, c'est l'amant qui parle; il se souvient de son propre amour, et reconnaît que la séparation est le véritable enfer de ceux qui aiment.

Cette histoire était récente quand Dante y fit cette immortelle allusion. _Françoise de Rimini_, une des beautés les plus touchantes de l'Italie à l'époque où écrivait le Dante, était fille du seigneur de Ravenne. _Guido di Polenta_, son père, l'avait forcée à épouser _Lanciotto_, fils aîné du tyran de Rimini, _Malatesta_. Lanciotto, disgracié de la nature, était d'une laideur repoussante, difforme, boiteux, avare et féroce. Son frère, Paolo Malatesta, était, par sa jeunesse, par sa beauté et par son caractère, le contraste le plus dangereux pour le coeur de Francesca. Il plaignit sa belle-soeur, il l'aima, il en fut aimé. Surpris ensemble par l'époux soupçonneux, Lanciotto perça du même coup d'épée les deux amants. Ce drame avait rempli l'Italie de bruit, de pitié, de larmes. Dante ne pouvait manquer de retrouver dans l'autre monde ceux dont la triste aventure l'avait si fortement ému dans celui-ci.