‹ Cours familier de Littérature - Volume 04Chapitre 45 sur 194 · XXV

XXV

En effet, jusqu'à la fin du dernier chant, son poëme, sans action, sans drame, et par conséquent sans dénoûment, n'est plus qu'un éblouissement d'étincelles, de feux, de flammes, de lueurs, d'ailes, de fleurs volantes, de trinités lumineuses, resplendissantes dans une seule étoile, de visages rayonnants d'auréoles, de cercles inférieurs se fondant dans d'autres cercles supérieurs, comme les plans superposés de bienheureux échelonnés par tous les peintres d'apothéoses dans les dômes des cathédrales; saint Bernard, la Vierge Marie, Rachel, Sara, Rebecca, Judith, saint Jean, saint Benoît, saint Augustin, saint Pierre, sainte Anne, Ésaü, Jacob, Moïse, sainte Lucie, patronne de Palerme, y chantent des _Hosanna_ éternels. La tête du poëte se trouble, les paroles lui manquent; il compare lui-même l'anéantissement de son esprit:

«À la neige qui fond et se distille au soleil, au vent qui expire dans les feuilles légères et immobiles, aux oracles de la sibylle qui se perdent dans leur obscurité. Je vis,» ajoute-t-il, «tout ce que l'univers renferme relié en un _volume_ par l'amour.»

Enfin il discerne, dit-il: «Dans la profonde et lumineuse substance d'un haut foyer, trois cercles de trois nuances et d'une même surface. Et l'une par l'autre paraissait se réfléchir comme _Iris_ dans une autre _Iris_, et le troisième ressemblait à un feu qui rayonne également d'ici et de là!

«Et je voulais voir, ajoute-t-il, comment _l'image s'adapte au cercle et comment elle s'y incorpore_. Mais déjà l'amour, qui donne le mouvement au soleil et aux étoiles, tournait mon désir et mon _velle_ (ma volonté) comme une roue qui circule sous une impulsion universelle.»