‹ Cours familier de Littérature - Volume 04Chapitre 94 sur 194 · XI

XI

_Le Retour dans la patrie_, élégie chantée par un soldat ou un proscrit, n'a pas ce vice. Le refrain y est le cri de l'amour de la patrie à l'aspect du rivage paternel:

Qu'il va lentement le navire À qui j'ai confié mon sort! Au rivage où mon coeur aspire Qu'il est lent à trouver un port! France adorée! Douce contrée! Mes yeux cent fois ont cru te découvrir. Qu'un vent rapide Soudain nous guide Aux bords sacrés où je reviens mourir. Mais enfin le matelot crie: Terre! terre! là-bas, voyez! Ah! tous mes maux sont oubliés. Salut à ma patrie!

Oui, voilà les rives de France; Oui, voilà le port vaste et sûr, Voisin des champs où mon enfance S'écoula sous un chaume obscur. France adorée! Douce contrée! Après vingt ans enfin je te revois! De mon village Je vois la plage, Je vois fumer la cime de nos toits. Combien mon âme est attendrie! Là furent mes premiers amours; Là ma mère m'attend toujours. Salut à ma patrie!

Au bruit des transports d'allégresse Enfin le navire entre au port. Dans cette barque où l'on se presse, Hâtons-nous d'atteindre le bord. France adorée! Douce contrée! Puissent tes fils te revoir ainsi tous! Enfin j'arrive, Et sur la rive Je rends au Ciel, je rends grâce à genoux. Je t'embrasse, ô terre chérie! Dieu! qu'un exilé doit souffrir! Moi, désormais je puis mourir. Salut à ma patrie!

Il est impossible de ne pas remarquer combien l'art exquis du poëte sait contenir comme un paysagiste un grand horizon dans le petit cadre de ses couplets! La nécessité d'abréger le rend précis: il a peu de notes, mais il frappe toujours sur la note juste, et la brièveté ajoute à la force du sentiment.